Introduction

Philosophie zoologique, une autre histoire des hommes. Je voudrais proposer au lecteur un voyage initiatique à travers certaines sociétés humaines qui se sont succédé. Si j’avais pris la médecine pour thème central, la Chine y aurait certainement eu une place importante ; si ça avait été l’histoire de la sexualité, l’Inde et l’Occident y auraient été à l’honneur, idem pour l’alimentation, le vêtement, etc.
En prenant l’animal dans sa fonction anthropologique, j’en suis venu assez vite à devoir répondre à cette question primordiale : en quoi la relation réelle et imaginaire que les hommes entretiennent avec les bêtes permet-elle de tracer une histoire des cultures ?
Dans cette perspective, ce fut bien entendu l’anthropologie préhistorique qui se dégagea spontanément de l’ensemble des corpus ; puis les cultures animistes s’imposèrent, l’Egypte ancienne bien évidemment mais aussi le Moyen Age chrétien, l’âge d’or du naturalisme aux XVIIIe et XIXe siècles et, pour finir, le regard émerveillé et désolé qu’on peut porter aujourd’hui sur le monde animal… Au passage de chacune de ces grandes étapes, nous ne bouderons pas le plaisir de nous offrir quelques petites digressions vers le sacrifice antique par exemple, ou la zoophobie, la métamorphose, la divination, le conte de fée, la fable ou la bionique… Parvenus au terme d’un parcours historique que nous avons souhaité le plus ouvert possible (vers des ajustements à-venir ? ), notre ambition finale serait de réfléchir tranquillement aux statuts et aux futurs des animaux ; replacée dans la chaîne biologique, considérée comme simple «  matière à manger  » dans un processus hyper-productiviste ou, au contraire, surprotégé comme compagnon, la bête est toujours en effet aujourd’hui aux prises avec deux réalités qui, la plupart du temps, restent contradictoires et parallèles : sa propre réalité matérielle, sensorielle, émotionnelle, et nos besoins alimentaires, affectifs et imaginaires… Pour réfléchir à un sujet qui s’inscrit dans le bilan plus vaste de notre relation à l’économie et la nature, un petit parcours distancié sur notre Histoire globale peut s’avérer utile. Espérons qu’il conviendra tout autant aux amoureux des bêtes, des hommes et de la nature et qu’il apportera quelque contribution dans un débat qui m’apparaît infiniment plus complexe que ce que j’imaginais auparavant. Si les militants de la «  cause animale  » interviennent pour leur part –on le comprend- dans l’urgence, nous sommes convaincu quant à nous que les choses ne pourront évoluer pour les bêtes que dans le cadre d’un débat plus serein qu’il n’est aujourd’hui : parce que cette situation s’est construite au fil des détours de l’Histoire et de l’irréductible diversité des cultures…



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